Partage Personnel 


LETTRE À ANGÉLINA, MA JOLIE....

 

"Chère Angélina,

 

Qui parmi nous, tes consoeurs, n'a jamais un jour envié l'une ou l'autre de ces choses qui nous viennent à l'esprit lorsque ton nom, si bien porté, est évoqué : ta beauté, ton assurance, tes talents d'actrice, la possibilité que tu as créée pour toi-même d'être si généreuse envers les causes qui touchent ton coeur, ce partenariat apparemment réussi avec ton homme, cette étonnante famille créée à vous deux, que sais-je encore... ? 

 

Aujourd'hui, aux yeux de millions, tu sembles avoir acquis au prix fort un attribut de plus.... "courage", "fureur de vivre", "héroïsme" titrent les journaux. 

 

Si je tente du mieux que je peux de me glisser dans ton coeur de fille, de femme et de mère, je peux comprendre ce geste surprenant. Si pour toi, le corps médical détient toutes les réponses sur ta santé, et si la peur de faire des orphelins t'avait envahie, je peux comprendre ton choix. Si tu as fait ce qui t'a semblé être le meilleur des choix, qui suis-je pour te juger ? 

 

Mais ma plus que jolie, si tu me permets cette familiarité, pourquoi vouloir entraîner d'autres femmes dans ton sillage ? Avoir rendu ta situation et ton choix publics est une chose. Mais faire ce qui me semble être une sorte de publicité, une autre cause à défendre de ces tests que tu as choisi de faire pour toi-même, en est une autre. 

 

Personnellement vois-tu, je crois en la perfection de bien des choses, voire de tout, même si parfois, la peine et la colère me visitent sur certains sujets et m'empêchent temporairement de la voir. De mon humble point de vue, d'après ce que je sais et ce que j'observe, non seulement nous avons été dotés d'un corps extraordinairement intelligent mais de plus, bien que périssable, un corps programmé pour assurer sa survie et celle de l'espèce, le temps qui lui est imparti.

 

L'autre jour, j'aspirais le couloir de notre entrée, et dans un coin vers lequel j'arrivais, une araignée semblait s'étaler de toutes ses pattes, refusant de bouger, alors qu'habituellement, mes petites copines détalent aussi vite qu'elles le peuvent. Je me suis approchée, et j'ai vu, derrière elle, son nid rempli de bébés, que de toutes ses forces, elle voulait protéger. C'était extraordinairement touchant. Elle avait l'air de vouloir se faire féroce et effrayante, déployée de tout son corps au-dessus du nid. Je l'ai félicitée, et le coin où elle s'était installée est resté poussiéreux. 

 

Ainsi, je suis de celles et ceux qui pensent que notre corps n'a aucune raison de vouloir s'auto-détruire, et que dans l'immense majorité des cas, il y a plus à comprendre à propos d'une maladie que ce que les docteurs ont appris à ce sujet. Je pense que lorsque notre tête ne veut pas voir, entendre ou capter quelque chose, le corps prend le relais de sa façon parfaite habituelle pour véhiculer le message. 

 

Je ne nie pas le facteur héréditaire, (un potentiel, pas une certitude), je ne nie pas les effets secondaires des sources de pollution innombrables auxquelles nous sommes exposés, je ne nie pas l'aspect karmique de certaines conditions, non plus. Je dis simplement que de mon point de vue, sacrifier une part importante de ta féminité sur l'autel de probabilités semble être une réaction extrême, encourager d'autres femmes à suivre ton exemple, une folie... (et une future manne pour certains, mais c'est une autre histoire). 

 

Nous avons tous des expériences à faire, soit. Apparemment, tu devais faire celle-ci. Mais mesures-tu le véritable impact de tout ce battage médiatique et de ton positionnement militant en la matière ? Sans aucun doute que oui, à ta façon, respectable et légitime car c'est la tienne. 

 

J'aurais bien plus à te dire Angélina, mais c'est assez ainsi. Il me reste à te souhaiter le meilleur, et à te rappeler que rien ni aucun docteur ne peut nous protéger de la vie, qu'elle doit s'exprimer en nous, colorée par ce que Nous Sommes et ce que nous croyons être.

 

Avec beaucoup d'amour, Delphine".